mardi 27 avril 2010

COMME UN FANTASME.

Pieds nus. Elle sentait l’insulte du vent martyriser son cœur chaud. Sa fougue n’était que plus exquise. Elle dansait. Danser à perdre la raison, sans s’arrêter. Elle tournait et ce n’était plus elle mais un vent, venu caresser vos narines. Un vent qui vous fait lever et danser ! Ce parfum était un rêve, une histoire qu’elle contait. Tourments, jalousie, haine, amour peut-être. Elle tournait et c’était une autre qui était là, avec nous. Elle tanguait, se balançait, une belle. Oh bien belle déesse. Elle était ce vent qui faisait vous lever et tomber, pour vous relever enfin. Et danser, danser toute la nuit, jusqu’au matin. Danser jusqu’à demain soir ou plus loin encore. C’était une cigarette inépuisable. Sa fumée montait au ciel et nous appelait. Elle sentait bon la chair. Elle sentait bon l’amour. Et l’on n’attendait plus. Il fallait la prendre, maintenant. Mais oser ! On ne pouvait. Si lointaine, elle ne pouvait se donner. C’était un ange. Mais un démon. Ah ! Pudeur n’y était ! Et tout de même, bien propre qu’elle était. Elle était bien jolie. Et je n’aurai osé. Il fallait qu’elle fasse son choix. Et désigne l’élu. Ses jambes divinement dessinées, brunes et bien lisses. Ce bracelet là qui pendouillait à son pied droit. C’était le paradis. Et l’enfer. C’était l’amour enfin. C’était la vie et la mort. C’était le luxe. Mais la misère. Et je m’y pendais. Je m’y accrochais comme à mon espoir. Au diable l’espoir !
Cette femme n’en était pas une. C’était un corps sans âme. Un corps bien beau. Un corps qui ne s’éteignait. Jamais une femme n’aurait eu cette force là dans le regard. Cette force qui nomme et désigne sans bouger. Mais elle… Mon dieu ! Je me perdais dans ce regard… Je la regardais, enrouler ses mains, enrouler son corps comme un serpent, jouer de ses cheveux. Que cela sentait bon. Personne n’était épargné. Hommes, femmes. Nous étions tous entrainés par ses mouvements, par ses gestes insaisissables. Ses cambrures, dirai-je. Elle n’était pas femme. Ou je n’en avais jamais vu.
Ce fut là ma première nuit d’homme. Et je devins ce guerrier là que je rêvais. J’étais un marin. Je fus tout, ce soir là. Elle m’avait tout appris. Et j’avais tout compris. Elle m’avait choisie. J’étais l’élu. Elle m’avait pris, avec cette souplesse qu’elle seule avait. Elle me rendit ivre. J’étais à ce moment là le plus heureux des Hommes. J’en devins ensuite le plus misérable.
Au petit matin, cette créature s’était échappée, laissant derrière elle ce parfum dont elle seule avait le secret. Comme un fantasme.

samedi 17 avril 2010

Made in USA.

"Toc Toc.
Désolé. Je m'en vais CONsommer... Revenez plus tard. Ou ne revenez plus. Ce serait mieux."
Consommation inouîe nous fait croire à ce pouvoir illusoire que l'on a sur les choses. Mais des choses vides en réalité et facilement envolées. Des choses mortes, des choses légères et inutiles.
Mais aucune opinion sur ces interactions qui dévorent la Terre. Aucun intérêt. A quoi bon. De toute manière, l'homme se meurt. Il ne voit plus. Son regard est vide, et il n'est plus. Qu'une image d'homme, qu'une illusion d'une vie. Il marche, marche, marche, sans s'arrêter, sans se retourner sur les autres démarches. Il met un pied devant l'autre, pour faire comme ces autres lui qui marchent. Va et vient. Ces allers retour sans réel but. A quoi bon.
Petit, il tient à la main ce biberon made in USA. Puis ces médicaments made in USA. Puis ces injections toxiques, ou pas, made in USA. Puis on le croit mourir d'une maladie incertaine, il faut donc le soigner pour qu'il puisse chausser ces espadrilles made in USA. Et marcher. Sur une Terre made in USA. Puis aller en cours. Et apprendre, dans son beau sac made in USA, avec ses beaux et inutiles stylo made in USA, que le monde n'est rien. Un gouffre, un sac Eastpack, sur le dos d'un étasunien, dévorant son sandwich-homme-arabe. Tout cela, sans le savoir. Tout cela sans ouvrir les yeux. Dès lors qu'il est sorti du ventre de sa mère, cet enfant a respiré cet idéal-là qui n'en est pas un, et a fermé les yeux, forcé de reconnaître qu'il n'y a rien de mieux que le Coca-light amincissant les idéaux, et les McDonald's pervers. Et que le malheur est d'être arabe. Ces arabes somnambules à qui l'on a injecté toutes sortes d' anti-conscience, ces arabes qui se cachent dans leur jeans troués ou leur foulards épais, ces arabes dont on se joue, manipulés par des fils made in USA. Et puis il y a ces autres arabes. Des arabes qui se battent avec des pierres contre des bombes. Ces arabes qui croient en eux, en la vie, en Dieu plus qu'ils ne croient à l'illusoire beauté des vices pro-étasunien. Ces arabes là que l'on poursuit, que l'on enterre et dont on tente de faire taire les voix.

jeudi 15 avril 2010

Des héros.

Un héro. Dorian Gray est un héro. Tristant est un héro. Bel-Ami est un héro. Lord Henry est un héro. Ruy Blas est un héro.
Qui sont-ils?
Ces joueurs, usagers, abuseurs de mots, détenteurs de pouvoirs. Que savent-ils de nous, de nos attentes?
Les héros, pures fantasmes. Illusions, rêves, tromperie. Nous les lisons, les observons, et les imitons dans la logique des choses. Ils nourrissent nos valeurs, nos idées, ils choisissent notre vie. Ils élisent le meilleur ou le pire de ce que nous sommes, ils nous habitent enfin, et déflorent nos idéaux, faisant de nous un somnanbule à la recherche d'un miracle, d'un rêve toujours insatisfait. Ils font naître en nous ce désir d'être autre que ce que l'on est, ou de provoquer le moi qui se dissimule. Ces héros-là sont sadiques et corrompus, ils nous ennivrent de leurs moi, nous couchons alors dans leur lit, buvant à leur tables, pensant presque être eux. Ils nous innondent, pour mieux nous réveler. Et nous sommes enfin. Ou nous sommes enfin ce qu'il en a toujours été. Seulement, nous le voyons alors clairement dans nos miroir, la tête haute, le regard sévère, s'accaparant l'image de ce moi qui nous avais jusqu'à présent échappé.

mercredi 14 avril 2010

Envieux.

L’on oublie de prendre du recul. Mais il arrive que certaines personnes apparaissent dans nos miroirs, sans prévenir, pour déformer votre regard, pour étaler devant vous ce que les autres voient. Et eux, le disent tout haut. Ils vous dénudent. Heureusement que ces gens-là sont.
Et cela, pour quelque chose qu’ils savent nécessaire à leur satisfaction. Pour vérifier certaines hypothèses peut-être et découvrir le tort dans la raison. Ils viennent vers vous en Héro et croient être le sauveur, mais ils ne sont que ces images de soi qui se reflètent dans nos actes, ces images de moi qui nous sont rendues, lorsqu’une quelconque volonté s’affirme et se dévoile, après avoir été longtemps dissimulé. Et tout éclate. La vérité blesse, choque, enlaidi, rend malade, dévore et détruit. Mais souvent en sort une histoire. Vraie. Et quelqu’ aversion. Et l’on en sort indemne. Tout juste quelques assentiments. Puis l’on y déniche un éventuel intérêt. Pour rendre la vérité plus acceptable. Et la faire admettre. Avant qu’elle ne nous noie dans l’illusion de la supériorité.

lundi 12 avril 2010

CHAPITRE PREMIER

La tête au soleil, les pieds dedans, ces enfants nus couraient en riant. Ils étaient heureux d'être là, en vie mais tout aussi éteint que des cadavres. Ils aimaient l'été, parce que leur corps nus n'empêchait pas leur sang de couler. Ils étaient beaux, mais d'une beauté inutile et désespérante, car crasseuse et invisible. Ils mendiaient parfois, sans être vus, des sous de ces grands hommes blancs au sourire doré, et à la peau cramée sous un soleil qu'ils croyaient or. Mais c'était du feu. Comment comprendre ces hommes là qui manquent de Soleil, qui venaient comme des oiseaux insolites colorer leur peau malade et partir sans offrir leur pluie? Même acide, ils l'a voudraient ; cette boisson…mais ces hommes là marchaient, les pieds dans des sandales de cuir payé cher, sur un sable coutant quelques pieds d'enfant hâlés. Et ils ricanaient, amusés par ces petits enfants qu'ils croyaient venus puiser des couleurs. Mehdi était l'un d'eux. Mais lui s'amusait. Il était là parce qu'il en avait envie. Ou qu'on l'avait forcé à en avoir envie. Mais peu importe. Il était là, et personne ne voulait rien y changer. Il était là, des hommes passaient, l’apercevaient et détournaient le regard de ce va-nu-pieds. Mais Mehdi était indifférent à tous ces regards impuissants face à la misère de l'homme. Il était différent. Il venait de loin. Il n'était pas très grand, mais comprenait déjà son but ici- bas. Il devait grandir. Grandir pour monter les marches de ce monde pervers et arrogant, de ce monde qui se prenait pour Dieu ou pour Satan.

Mehdi avait dépassé l'âge de raison. Mais il n'avait pas encore compris que l'homme n'a pas de raison, que cet âge là, nous ne l'avons qu'une fois, et puis qu'enfin nous nous en passons plus tard pour vivre cette vie folle que l’on mène, une fois écarté de ces hommes bêtes qui se croient grands. Jeune par la force de ses bras, son regard était marqué par la rude épreuve de la rue. Rue infâme, mais bonne, malade mais guérisseuse, rue médiocre mais regorgeant de trésors aussi divers que les jours. La rue était sa mère, son toit, son vêtement, ses murs découvert, son âme. C'était là qu'il avait forgé son esprit indocile, là qu'il avait gouté à toutes sorte de misère, là qu'il avait été vomi. Un rat chassé en pleine nuit, les conséquences d'un mariage de bonne vie, un arrangement. Car il était question de subsister, ou dépérir, moisissant dans une cave, comme des champignons venimeux, détestable vice d'une société belle en apparence, mais malpropre en réalité. Bref, Mehdi était là, et il devait tout à cette décharge publique des apparences, à ce territoire hanté par le viol, la violence, et l'ivresse.

Mais le moribond commençait à comprendre. Comprendre que boire, fumer, aspirer ces odeurs agressives n'était qu'une illusion. Un mirage qui disparaitra bientôt. Il faudra alors trouver autre chose. Et déjà, il commençait à voler, et vendre. Vendre des paquets de mouchoirs entre deux voitures, essuyer une vitre mais ne la rendre que plus impropre, se faire insulter de ces chauffards réveillés par un klaxon, et enfin gagner de quoi acheter une fleur pour Salma. Car Mehdi était amoureux. Amoureux d'un amour profond et féru, d'un amour respectueux mais négligé, car trop sal, trop ridicule. Mais il n'abandonnait jamais. Cela faisait quasiment deux ans qu'il s'entêtait à lui voler une parole, un mot, mais sans résultat. Alors, chaque jour il allait lui acheter une rose blanche, contrastant si bien avec la noirceur de son large t-shirt grisâtre, et l'attendait, au retour du lycée pour la lui offrir. Mais chaque jour elle la lui refusait, l'examinant de son regard peiné et désolé. Mais il aimait. Et croyais que son envol ne se finirait pas par une chute. Alors, il espérait. Et projetait de devenir "quelqu'un". Quelqu'un d'important, quelqu'un de grand, de puissant. Alors Salma ne le regarderait plus comme avant. Elle le respecterait. La pitié dans son regard laissera place à de l'admiration pour ce gueux qui s'était élevé. Mais en attendant, Mehdi courait toujours les rues de son quartier, rasant les murs où le vice s'y tenait à l'ombre, se réveillant dès le coucher du soleil pour raviver la flamme de l'ivresse.

L'été était là, et Mehdi s'adonnait à d'autres besognes plus plaisantes mais encore plus pénibles sous le soleil de midi. Gardien de parking inutile, vendeur ambulant de glaces, de biscuits en tout genre, ses pieds s'enfonçaient dans le sable brulant de Saïdia, jalousant ces beaux garçon à la recherche de nouvelles proies, ces requins là qui scrutaient du regard les jolies formes se dorant au soleil, et, parfois, allaient en aborder une, se baignant seule dans la Méditerranée. Ce soleil enivrant se reflétant sur un sable sublime, cette eau étaient un album regorgeant des plus belles images d'étés plus beaux les uns que les autres. Quoiqu'il se plaise au sein de ces formes nues et rondes, mais tout aussi agressives, Mehdi commençait à s'en lasser. Certes, ce moment de l'année était le meilleur, d'une part pour le grand nombre de clients, et puis, d'une autre pour les petits moments qu'il pouvait s'accorder pour se baigner. Mais il restait tout de même incertain et malsain. Il fallait trouver quelque chose. Mais Mehdi ne trouvait toujours pas.